Question d'enquête : quand une aide fait-elle apprendre, et quand remplace-t-elle l'apprentissage ?
Situation d'entrée (imaginaire)
Une élève rend un devoir très bien écrit. Le professeur lui demande d'expliquer en une phrase l'idée principale. Elle ne sait pas répondre.
Document 1.1Les règles du ministère
Ministère de l'Éducation nationale, « Cadre d'usage de l'IA en éducation », 13 juin 2025.
Le ministère pose un principe : l'IA doit être au service des apprentissages. L'élève garde son esprit critique et vérifie ce que l'IA produit. À partir de la 4e, les élèves peuvent utiliser des IA génératives en classe de façon limitée et accompagnée par l'enseignant. Au lycée, l'usage peut être plus autonome, mais dans un cadre que l'enseignant définit clairement. Le ministère demande aux enseignants de ne jamais obliger un élève à créer un compte personnel sur un service grand public, et de ne saisir aucune donnée personnelle ou confidentielle dans ces outils. Enfin, utiliser une IA pour faire un devoir sans autorisation et sans travail personnel d'appropriation est considéré comme une fraude.
Document 1.2Une expérience sur près de 1 000 lycéens
H. Bastani et collègues, « Generative AI without guardrails can harm learning », revue PNAS, 2025 (premier texte diffusé en 2024).
Des chercheurs ont suivi près de 1 000 lycéens d'un lycée en Turquie (environ 15 à 17 ans), en mathématiques, pendant quatre séances de 90 minutes. Il y avait trois groupes : un groupe sans IA (manuel et notes), un groupe avec une IA comme ChatGPT, et un groupe avec une IA « tuteur », réglée pour donner des indices sans donner la solution. Pendant les exercices d'entraînement, les élèves aidés par l'IA réussissaient beaucoup mieux que les autres. Mais à l'examen final, passé sans IA et sans documents, les élèves du groupe « IA libre » étaient moins bons que ceux du groupe sans IA. Ceux du groupe « tuteur à indices » avaient à peu près le même niveau que le groupe sans IA.
Document 1.3Ce que répondent 90 lycéens
ACCES, ENS de Lyon, enquête sur l'usage du numérique et des IA génératives chez des élèves de lycée, mai 2025 (modifiée en septembre 2025).
L'enquête a été menée auprès de 90 élèves d'un lycée (seconde et terminale générale).
| Réponse | Nombre d'élèves |
|---|---|
| Ont déjà essayé ChatGPT | 75 |
| Utilisent une IA régulièrement ou occasionnellement | 67 |
| Pensent que l'IA aide à apprendre | 62 |
| Citent un risque de dépendance | 76 |
| Citent un risque de perte d'esprit critique | 67 |
| Reconnaissent avoir utilisé l'IA pour tricher | 28 (et 24 n'ont pas répondu à cette question) |
| Souhaitent une formation encadrée | 64 |
| Pour étudier : utilisent des notes papier / des outils d'IA | 75 / 41 |
Document 1.4Deux enseignants racontent
Académie de Paris, « L'intelligence artificielle dans l'éducation », page du site de l'académie.
Deux professeurs du lycée Paul-Valéry, à Paris, expliquent comment ils utilisent l'IA. En lettres, Claire Doz fait dialoguer ses élèves avec une œuvre grâce à un outil qui « lit » un document, et elle utilise un outil de carte mentale pour guider leur réflexion. Son but : développer l'esprit critique plutôt que de fournir une réponse toute faite. Christian-Jacques Cubells prépare des séquences avec ChatGPT et un outil pour la plateforme Moodle, en relisant et corrigeant systématiquement ce que l'IA produit avant de le donner aux élèves.
Document 1.5 · approfondissementUn cerveau moins actif ?
J. Beaupré, « Entre délestage cognitif et apprentissage », Collimateur (UQAM), 9 décembre 2025. Il présente une étude de N. Kosmyna et collègues, diffusée en 2025 mais pas encore relue par d'autres chercheurs.
Des chercheurs ont suivi 54 étudiants de la région de Boston. Chacun écrivait des textes de 20 minutes dans l'une de trois conditions : sans outil, avec un moteur de recherche, ou avec ChatGPT. Seuls 18 participants ont fait la dernière phase de l'étude. Chez le groupe ChatGPT, les chercheurs ont mesuré une activité cérébrale plus faible et un souvenir plus superficiel du texte, et les participants disaient moins « s'approprier » ce qu'ils avaient écrit. Les auteurs eux-mêmes demandent que l'étude soit refaite dans d'autres contextes.
Document 1.6 · approfondissementUn soupçon de triche au bac
Article de blog Ekole, 24 juillet 2025, qui reprend une information publiée dans la presse. Source de seconde main.
Début juillet 2025, une lycéenne parisienne est accusée par un correcteur d'avoir triché à l'épreuve de philosophie du bac avec ChatGPT. Elle avait été autorisée à utiliser un ordinateur pendant l'épreuve. Après une procédure, l'accusation est abandonnée le 21 juillet, pour ce que l'article appelle une « erreur de saisie ». Elle obtient son bac. L'article rappelle que, selon le ministère, aucun détecteur d'IA n'est fiable à 100 % et que leur usage est déconseillé.
Avant de t'exprimer
Relis les trois questions : qui publie et quand ? que montre le document ? que ne montre-t-il pas ? Méthode.