Partie D4

Dossier 4 · Travail et création

Qui gagne du temps, qui perd du pouvoir, qui reste responsable ?

Question d'enquête : qui gagne du temps, qui perd du pouvoir, qui reste responsable ?

Situation d'entrée (imaginaire)

Un studio de doublage reçoit une offre : une entreprise propose de créer, à partir de quelques minutes d'enregistrement, des voix artificielles de ses comédiens pour les prochains films.

Document 4.1Quels emplois sont concernés en France ?

Direction générale du Trésor, « L'intelligence artificielle, quels effets sur l'emploi ? », Trésor-Éco n° 391, 30 juin 2026.

Les économistes du Trésor montrent d'abord que les estimations de l'exposition des emplois à l'IA sont très dispersées : selon les études, de 5 % à 60 % de l'emploi. Une étude citée estime qu'environ 3,8 % du contenu du travail en France pourrait être automatisé aujourd'hui par l'IA générative, et jusqu'à 16,3 % d'ici deux à cinq ans. Les métiers intellectuels sont les plus exposés, mais certains (avocats, architectes, médecins) sont plutôt aidés par l'IA que remplacés. L'adoption est très inégale : 59 % dans l'information-communication, 9 % dans la construction. À ce jour, l'effet d'ensemble sur l'emploi est jugé négligeable. Le chômage des 15-24 ans a augmenté, mais les auteurs ne peuvent pas prouver que l'IA en est la cause.

Document 4.2Les comédiens de doublage

Journal du Geek, « Doublage et IA : les voix françaises refusent d'être clonées sans permission », 6 avril 2026.

Fin janvier 2026, huit comédiens de doublage ont envoyé des mises en demeure à deux plateformes américaines qui permettaient de créer des voix artificielles. Françoise Cadol, la voix française d'Angelina Jolie et de Sandra Bullock, dit avoir reconnu sa voix « légèrement altérée » sur l'une d'elles. Richard Darbois (voix de Richard Gere) juge la situation « très grave ». Les comédiens demandent le retrait de leurs voix et une rémunération ; ils craignent de perdre des contrats. La première plateforme a retiré les contenus signalés rapidement, la seconde plus tard. Ce sont des déclarations des comédiens : aucune décision de justice n'est citée.

Document 4.3Ceux qui « apprennent » les machines

RFI, reportage de février 2025 (lu sur AllAfrica).

Pour qu'une IA apprenne, des personnes doivent « annoter » des milliers d'images, de textes ou de vidéos : indiquer ce qu'ils contiennent. Au Kenya, un annotateur raconte des tâches variées, parfois très dures à regarder, une paie de quelques centimes de dollar par tâche et des journées de 13 heures. Une pétition a été déposée au Parlement kényan. Une responsable d'association d'annotateurs demande une paie équitable et un soutien psychologique. À Madagascar, une entreprise emploie des annotateurs en moyenne âgés de 26 ans et très diplômés, qui travaillent sur des images satellite ou des électrocardiogrammes. Son directeur des opérations regrette que son pays soit absent de la conception des algorithmes.

Document 4.4Le droit d'auteur face à l'IA

Ministère de la Culture, Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA), rapport d'activité 2025, publié le 8 juillet 2026.

Le CSPLA conseille le ministère sur le droit d'auteur. En 2025, il a publié deux rapports sur l'IA. Le premier (2 juillet 2025) propose une « boîte à outils » pour négocier entre entreprises d'IA et créateurs : un médiateur de l'IA, une présomption (modifiable) que les œuvres ont été utilisées, et des actions de groupe. Il défend aussi un partage de la valeur créée par l'IA avec les titulaires de droits. Le second (18 décembre 2025) conclut que le droit d'auteur européen s'applique dès qu'un modèle d'IA générative est commercialisé dans l'Union européenne, quel que soit l'endroit où sont ses serveurs ou où il a été entraîné. Trois nouvelles missions, dont l'une sur qui est l'auteur d'une œuvre faite avec l'IA, rendront leurs conclusions d'ici fin 2026. Ce sont des recommandations, pas des lois.

Document 4.5 · approfondissementUn syndicat de journalistes

SNJ-CGT (syndicat national des journalistes), « Appel à une régulation démocratique de l'intelligence artificielle », 11 février 2025. Texte militant.

Le syndicat demande que la régulation de l'IA serve l'intérêt public plutôt que les profits des grandes entreprises du numérique. Il réclame un droit à la formation aux outils d'IA, une évaluation des risques professionnels, et le refus que l'IA serve de prétexte à des suppressions ou à des délocalisations d'emplois. Il affirme que « l'IA repose sur le travail humain », demande une répartition équitable des bénéfices (salaires, droits d'auteur), et veut que les syndicats participent à la gouvernance. Le texte ne contient pas de données chiffrées sur l'emploi.

Document 4.6 · approfondissementUn accord de 1,5 milliard de dollars

ActuaLitté (20 juillet 2026) et Génération NT (21 juillet 2026), à propos d'un procès américain contre l'entreprise Anthropic.

Précision de transparence : Anthropic est l'entreprise qui a créé Claude, l'IA qui a aidé à préparer ce dossier.

Un accord de 1,5 milliard de dollars entre des auteurs et Anthropic a été approuvé par une juge américaine. Il concerne environ 482 000 livres, soit environ 3 000 dollars par livre avant frais. En juin 2025, un autre juge avait estimé que l'entraînement d'une IA sur des livres relevait de « l'usage loyal » (fair use, une notion du droit américain), mais pas le fait de conserver une bibliothèque de livres piratés. L'accord ne porte que sur l'obtention illégale des livres : il n'oblige pas à détruire les modèles, et les auteurs renoncent à leurs demandes sur l'entraînement passé. Certains auteurs ont refusé l'accord, le jugeant insuffisant. Ce procès relève du droit américain : il ne dit pas si l'entraînement est légal en France.

Avant de t'exprimer

Relis les trois questions : qui publie et quand ? que montre le document ? que ne montre-t-il pas ? Méthode.