Question d'enquête : quand le service rendu par l'IA justifie-t-il les ressources mobilisées ?
Situation d'entrée (imaginaire)
Pour choisir l'affiche d'un concert du lycée, une classe demande à une IA de générer 80 images, puis en jette 79.
Document 5.1Une requête, mesurée par Google
Google, « Measuring the environmental impact of delivering AI at Google Scale », août 2025 (données de mai 2025).
Google a mesuré l'énergie utilisée par son IA Gemini pour un message texte « médian » (la valeur du milieu). Résultat : 0,24 Wh, soit environ 0,03 g de CO₂ et 0,26 mL d'eau (pour le refroidissement). Sur ces 0,24 Wh, environ 58 % sont utilisés par les puces spécialisées (0,14 Wh), 25 % par les processeurs et la mémoire, 10 % par des machines en attente et 8 % par le bâtiment (arrondis). En ne comptant que les puces, on trouve seulement 0,10 Wh : ce qu'on inclut dans le calcul change le résultat. Google annonce une baisse de l'énergie par message d'un facteur 33 en un an. Cette étude ne concerne ni l'entraînement du modèle, ni la fabrication du matériel, ni les images ou vidéos.
Document 5.2Les datacenters dans le monde
Agence internationale de l'énergie (AIE), « Energy and AI », 2025.
Les centres de données ont consommé environ 415 TWh d'électricité en 2024, soit 1,5 % de la consommation mondiale, avec une croissance d'environ 12 % par an. Dans le scénario de base de l'AIE, ils atteindraient environ 945 TWh en 2030, un peu moins de 3 % de l'électricité mondiale. En 2024, 45 % de cette consommation était aux États-Unis, 25 % en Chine et 15 % en Europe. Attention : ce sont des projections, très incertaines. À l'échelle mondiale, la hausse reste modeste, mais elle est très concentrée dans certaines régions.
Document 5.3Le cycle de vie d'un modèle français
Mistral AI, « Our contribution to a global environmental standard for AI », 22 juillet 2025, étude réalisée avec Carbone 4 et l'ADEME.
Mistral AI a fait analyser tout le cycle de vie de son modèle « Mistral Large 2 ». Pour l'entraînement et environ 18 mois d'utilisation : 20,4 kilotonnes de CO₂ équivalent (l'ADEME compare cela à l'empreinte annuelle de plus de 2 000 Français), environ 281 000 m³ d'eau et 660 kg d'équivalent antimoine (un indicateur de l'usage de métaux). Pour une réponse d'environ une page (400 tokens) : 1,14 g de CO₂ équivalent, 45 mL d'eau et 0,16 mg d'équivalent antimoine. Ces chiffres incluent la fabrication du matériel et l'eau liée à la production d'électricité : ils ne sont pas comparables à ceux du document 5.1.
Document 5.4Le numérique en France
ADEME et Arcep, « Évaluation de l'impact environnemental du numérique en France », mise à jour de novembre 2024 (données 2022).
Le numérique représente 4,4 % de l'empreinte carbone de la France, soit 29,5 millions de tonnes de CO₂ équivalent. Cette empreinte vient à 50 % des terminaux (téléphones, ordinateurs, télévisions), à 46 % des centres de données et à 4 % des réseaux. Une étude antérieure (données de 2020) trouvait 2,5 % : la hausse s'explique surtout par un changement de méthode, qui compte maintenant les centres de données situés à l'étranger. Cette étude ne porte pas sur l'IA générative. Pour un appareil, l'ADEME estime que la fabrication, la distribution et la fin de vie représentent environ 85 % de son empreinte carbone, et l'usage environ 15 %.
Document 5.5 · approfondissementDes chiffres qui circulent
Sources : billet de Google (2009) ; estimation d'Epoch AI (février 2025) ; Sam Altman, blog personnel (juin 2025).
En 2009, Google a indiqué qu'une recherche consommait environ 0,0003 kWh (soit environ 0,28 Wh). On lit souvent qu'une requête ChatGPT consomme « 10 fois plus » : ce chiffre (environ 3 Wh) vient d'une estimation de 2023 qui supposait des réponses très longues. Depuis, Epoch AI a estimé (avec des hypothèses, sans mesure) 0,3 Wh pour une requête typique, et Sam Altman a annoncé 0,34 Wh en moyenne, sans donner sa méthode. Pour des messages très longs, l'énergie peut grimper de plusieurs wattheures à quelques dizaines. Le rapport entre IA et recherche classique est donc, selon ces sources, de 1 à 3, pas de 10.
Document 5.6 · approfondissementUn scénario plus sombre
The Shift Project (groupe de réflexion engagé pour la sobriété), synthèse « Intelligence artificielle, données, calculs : quelles infrastructures dans un monde décarboné ? », octobre 2025.
Le Shift Project estime que les centres de données mondiaux ont consommé environ 420 TWh en 2024, contre 165 TWh en 2014. Dans son scénario haut, ils pourraient atteindre jusqu'à 1 500 TWh en 2030, largement au-dessus du scénario de base de l'AIE (945 TWh, document 5.2). Selon le Shift Project, l'IA représenterait environ 15 % de cette consommation en 2025 et au moins 35 % en 2030. L'organisation défend ouvertement une réduction des usages du numérique.
Petits calculs (facultatifs)
Utilise uniquement les chiffres des documents.
- Convertis 0,24 Wh en kWh. Quelle énergie pour 1 000 messages, en kWh ? Quelle part de 0,24 Wh représentent les 0,14 Wh des puces ?
- Les centres de données ont consommé 415 TWh en 2024 (une année = 8 760 h). Quelle puissance moyenne cela représente-t-il, en GW ? De quel pourcentage la consommation augmenterait-elle jusqu'aux 945 TWh de 2030 ?
- Avec les chiffres de Mistral : quelle quantité d'eau pour 20 réponses ? Quelle masse de CO₂ équivalent pour 50 réponses ? Pourquoi ne peut-on pas conclure que Google est 170 fois plus sobre ?
Avant de t'exprimer
Relis les trois questions : qui publie et quand ? que montre le document ? que ne montre-t-il pas ? Méthode.