Partie D6

Dossier 6 · IA, amitié et santé mentale

Une IA peut-elle remplacer des amis, et à quelles conditions peut-elle être un soutien ?

Question d'enquête : une IA peut-elle remplacer des amis, et à quelles conditions peut-elle être un soutien ?

Avant de commencer

Ce dossier parle de relations et de bien-être. Si quelque chose te touche ou si tu as envie d'en parler, tu peux t'adresser à un adulte du lycée (infirmerie, vie scolaire, professeur principal) ou appeler, gratuitement : le 3114 (prévention du suicide, 24 h/24, 7 j/7), le 0 800 235 236 (Fil Santé Jeunes, 12-25 ans, de 9 h à 23 h), le 3018 (harcèlement et violences numériques, de 9 h à 23 h). Pour ce travail, ne raconte pas d'expérience personnelle devant la classe.

Situation d'entrée (imaginaire)

Inès, 15 ans, raconte chaque soir sa journée à une IA qui lui répond toujours avec gentillesse. Ses amis trouvent qu'elle répond moins à leurs messages. Elle dit : « L'IA, au moins, elle ne me juge jamais. »

Document 6.1Les jeunes Français et l'IA qui répond

Ipsos bva pour la VYV et la CNIL, « L'IA conversationnelle et la santé mentale des jeunes en Europe », enquête de janvier 2026 auprès de 3 800 jeunes de 11 à 25 ans (dont 1 000 en France).

En France, 86 % des jeunes interrogés utilisent des IA conversationnelles : 66 % des 11-12 ans et 94 % des 17-18 ans. Environ un tiers leur demande conseil quand ils sont stressés (35 %), quand ils ont un problème avec des proches (33 %) ou quand ils vont mal (32 %). Parmi les jeunes qui présentent des signes d'anxiété (28 % de l'échantillon), 58 % trouvent facile de parler à une IA, contre 55 % pour leurs amis et 36 % pour leurs parents. Seul environ un jeune sur trois comprend ce que deviennent ses données, et 85 % veulent plus d'information. L'enquête repose sur des déclarations et ne mesure pas la dépendance.

Document 6.2Ce que disent les adolescents américains

Common Sense Media, « Talk, Trust, and Trade-offs », 16 juillet 2025 (États-Unis, adolescents de 13 à 17 ans).

72 % des adolescents interrogés ont déjà utilisé un compagnon IA (une IA conçue pour faire « ami » ou « confident »). Plus de la moitié en utilisent un au moins quelques fois par mois. Environ un tiers s'en sert pour un usage social ou émotionnel, et environ un tiers trouvent ces échanges aussi satisfaisants que ceux avec des amis, ou plus. Mais environ 80 % disent préférer passer du temps avec de vrais amis, et environ la moitié se méfient des conseils de l'IA. L'enquête ne prouve aucun lien de cause à effet et ne concerne que les États-Unis.

Document 6.3Les compétences psychosociales

Santé publique France, fiches sur les compétences psychosociales, mise à jour d'août 2026.

Les compétences psychosociales sont les capacités qui aident à vivre avec les autres et avec soi-même. Santé publique France les range en trois familles. Les compétences cognitives : se connaître, résoudre des problèmes, prendre des décisions. Les compétences émotionnelles : reconnaître ses émotions et les réguler, gérer son stress. Les compétences sociales : communiquer, écouter, construire des relations, gérer un désaccord. On les développe surtout par l'expérience avec d'autres personnes, en famille, à l'école, entre amis.

Document 6.4Un pédopsychiatre s'exprime

Théo Mouhoud, pédopsychiatre, article de The Conversation, 16 décembre 2025 (résumé).

L'auteur reconnaît que, pour certains jeunes isolés, une IA peut apporter un échange sans jugement et toujours disponible. Mais il alerte sur plusieurs risques : la confusion entre une relation réelle et une relation simulée, la dépendance, et des réponses inadaptées quand une personne va très mal. Il souligne qu'un compagnon IA est conçu par une entreprise qui veut que l'on s'en serve le plus possible, contrairement à l'ami imaginaire d'un enfant. Il demande un encadrement des outils, des dialogues entre jeunes et adultes, et des études indépendantes.

Document 6.5 · approfondissementLes entreprises ont changé leurs règles

Annonces de Character.AI (29 octobre 2025), d'OpenAI (29 septembre 2025) et de Meta (17 octobre 2025).

Après des critiques et des procédures judiciaires aux États-Unis, plusieurs entreprises ont annoncé des protections pour les mineurs. Character.AI a mis fin, au plus tard le 25 novembre 2025, aux conversations libres pour les moins de 18 ans, avec un contrôle de l'âge. OpenAI a lancé le 29 septembre 2025 un contrôle parental : liaison des comptes parent-ado, plages de silence, possibilité de désactiver la mémoire ou la voix, et alertes aux parents en cas de détresse aiguë après examen humain. Meta a annoncé que les parents pourraient bloquer les discussions avec des personnages IA, avec un déploiement prévu début 2026. Ce sont des annonces des entreprises : leur efficacité n'est pas démontrée.

Document 6.6 · approfondissementQue dit la loi ?

Règlement européen sur l'IA, article 5 (en vigueur depuis le 2 février 2025) ; loi SB 243 de l'État de Californie (signée le 13 octobre 2025, en vigueur depuis le 1er janvier 2026).

Le règlement européen interdit les systèmes d'IA qui exploitent les vulnérabilités d'une personne, par exemple liées à son âge, d'une façon qui lui cause un préjudice important. En Californie, la loi SB 243 oblige les « chatbots compagnons » à indiquer clairement qu'on parle à une IA. Pour les mineurs, elle impose un rappel de faire une pause toutes les 3 heures, l'interdiction de contenus sexuels, et des protocoles en cas d'idées suicidaires. Ces deux textes ne s'appliquent pas de la même façon : l'un est européen, l'autre ne concerne que la Californie.

Ressources à garder

3114 (24 h/24, gratuit, confidentiel) · Fil Santé Jeunes 0 800 235 236 (9 h-23 h) · 3018 (9 h-23 h) · 119 (enfance en danger, 24 h/24) · urgence : 15, 17, 18 ou 112.

Avant de t'exprimer

Relis les trois questions : qui publie et quand ? que montre le document ? que ne montre-t-il pas ? Méthode.