Question d'enquête : comment décider de faire confiance sans tout croire ni tout rejeter ?
Situation d'entrée (imaginaire)
Une semaine avant l'élection des délégués du lycée, une vidéo circule : un candidat y tient des propos choquants. Il affirme ne jamais les avoir dits.
Document 2.1Le regard d'un service de l'État
Viginum (service de l'État, rattaché au SGDSN), « Défis et "opportunités" de l'intelligence artificielle dans la lutte contre les manipulations de l'information », 7 février 2025. Rapport de 28 pages : lis seulement ce résumé.
Viginum surveille les manipulations de l'information venues de l'étranger. Dans ce rapport, il explique que l'IA permet de fabriquer beaucoup plus de contenus (textes, images, voix) plus vite et pour moins cher. Il cite deux exemples. Pendant les Jeux olympiques de Paris 2024, il a repéré environ 100 messages probablement générés par IA, qui ont suscité très peu de réactions. En février 2024, une fausse vidéo a imité un journaliste de France 24, avec une voix de synthèse, pour diffuser une fausse information politique. Viginum juge l'impact observé jusqu'ici modéré, mais craint un « doute généralisé » : on finirait par ne plus croire aucune information. Il utilise lui-même l'IA pour détecter ces campagnes.
Document 2.2Un faux discours, une vérification
RFI, « Congo-Kinshasa : un "deepfake" de Donald Trump critiquant Félix Tshisekedi sème le doute », 23 janvier 2026 (lu sur AllAfrica).
En janvier 2026, une vidéo de deux minutes prétend montrer Donald Trump parlant de la République démocratique du Congo et de son président lors du forum de Davos, le 21 janvier. Les journalistes de RFI vérifient. Ils trouvent que, dans le discours réel, Trump ne prononce à aucun moment le nom du président congolais. Leurs outils : une recherche d'image inversée, qui retrouve la vidéo d'origine (issue de BFM TV), l'examen des bandeaux de texte de la vidéo, et la comparaison avec la retranscription officielle du discours sur le site du forum. Des faux de ce type avaient déjà visé Marine Le Pen et Éric Zemmour. L'article ne dit pas qui a fabriqué la vidéo.
Document 2.3Les détecteurs d'IA sont-ils fiables ?
A. Carton, RTBF (émission « Pause Média »), 8 janvier 2026.
Un journaliste teste 7 détecteurs gratuits sur 3 images. Première image : un chat généré par une IA de Google ; 5 détecteurs sur 7 le reconnaissent. Deuxième image : une fausse photo de soldat ; les résultats s'inversent et les outils qui avaient réussi échouent. Troisième image : une image censée montrer l'arrestation d'un dirigeant politique ; un seul outil la détecte, avec des explications en partie confuses. Conclusion du journaliste : aucun détecteur n'est fiable à 100 %. Le premier succès vient probablement d'un filigrane invisible ajouté par l'IA qui a créé l'image, que des personnes malveillantes cherchent à supprimer.
Document 2.4Ce que dit la loi
CNIL, « Hypertrucage (deepfake) : comment se protéger et signaler les contenus illicites ? », 3 février 2026. Les peines sont celles du Code pénal.
Diffuser sans son accord un montage, ou un contenu généré par IA, qui reproduit l'image ou les paroles d'une personne, sans indiquer clairement qu'il est artificiel, est puni d'1 an de prison et 15 000 € d'amende (article 226-8 du Code pénal). La peine passe à 2 ans et 45 000 € si la diffusion se fait sur un service en ligne. Si le contenu est de nature sexuelle (article 226-8-1), les peines sont de 2 ans et 60 000 €, et de 3 ans et 75 000 € en ligne. On peut signaler un contenu aux plateformes, sur le site Pharos, à la police ou à la gendarmerie. La CNIL conseille aussi de limiter le partage de ses images et de flouter ou filtrer ses photos de profil.
Document 2.5 · approfondissementL'Europe impose d'étiqueter
Commission européenne, « Transparency obligations under Article 50 of the AI Act » (questions-réponses, mise à jour du 24 juillet 2026).
Depuis le 2 août 2026, le règlement européen sur l'IA impose des obligations de transparence. On doit informer une personne qu'elle parle à une IA. Les deepfakes doivent être étiquetés comme tels. Les fournisseurs d'IA génératives doivent aussi marquer les contenus qu'ils créent, d'une façon lisible par une machine. Pour les systèmes déjà sur le marché avant le 2 août 2026, ce marquage ne devient obligatoire qu'à partir du 2 décembre 2026. Les contenus créés avant le 2 août 2026 n'ont pas à être étiquetés après coup. La Commission a aussi préparé un code de bonnes pratiques volontaire.
Document 2.6 · approfondissementUne « carte d'identité » des images
C2PA (consortium technique), page de questions fréquentes. Source qui défend sa propre technologie.
Le C2PA propose d'attacher à un fichier des « Content Credentials » : des informations signées qui retracent sa création et ses modifications (quel outil, à quel moment). Si le fichier est modifié, le lien de signature se rompt, ce qui signale une altération. Ces informations ajoutent seulement quelques kilo-octets. Mais le consortium précise que les métadonnées peuvent être retirées du fichier. Un filigrane invisible peut aider à retrouver l'origine d'un contenu. Ce système prouve un historique de modifications, pas que ce qui est montré est vrai.
Avant de t'exprimer
Relis les trois questions : qui publie et quand ? que montre le document ? que ne montre-t-il pas ? Méthode.